20ème anniversaire de la Convention internationale des droits de lenfant
QUEL ETAT DES DROITS DE LENFANT EN FRANCE ?
La Défenseure des enfants a lancé une Consultation nationale auprès de 2500 jeunes. 200 propositions pour construire ensemble leur avenir adressées au Président de la République et au Parlement
Paris, le 17 novembre 2009
Une Consultation nationale « Parole aux jeunes » lancée par la Défenseure des enfants auprès de 2500 jeunes de métropole et doutremer âgés de 8 à 18 ans dresse létat des lieux des droits des enfants.
Dominique VERSINI a donné la Parole aux jeunes sur dix questions de société qui les concernent directement : la famille, léducation, la justice, les violences, les discriminations, la santé, le handicap, la précarité, lexpression et la participation, la vie privée et internet.
Dans le cadre dun Tour de France comprenant 10 forums départementaux et régionaux en métropole et en outremer, elle a travaillé en ateliers avec des jeunes représentant la diversité de notre pays qui ont posé leurs diagnostics sur chaque sujet.
200 propositions ont été inscrites dans un Livre dor adressé au Président de la République et au Parlement.
Beaucoup dentre elles sont totalement novatrices et constituent des pistes pour des dispositifs ou pratiques professionnelles mieux adaptés aux enfants et aux adolescents. La Défenseure des enfants entend les soutenir auprès des Pouvoirs Publics, dautant que certaines confirment des recommandations faites par elle-même dans ses précédents rapports.
Les jeunes interpellent les parents et les Pouvoirs Publics sur différents aspects de leur vie denfants et dadolescents :
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La FAMILLE est importante pour les jeunes car « la famille ça te permet davoir un certain confort dans la tête ». Ils ont une conception de léducation basée sur une autorité ferme et bienveillante de la part des parents posant des limites adaptées en fonction de lâge et de la maturité. Toutefois, ils réclament plus de dialogue et de confiance car « les parents manquent de confiance dans leurs enfants, ils les croient influençables ».
En cas de séparation des parents, ils souhaitent pouvoir donner leur avis sur lorganisation de leur vie et demandent que les juges aux affaires familiales soient mieux formés à la psychologie de lenfant et de ladolescent.
Les propositions des jeunes rejoignent celles du rapport 2008 de la Défenseure des enfants « Enfants au cœur des séparations parentales conflictuelles ».
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« La PRECARITE cest linstabilité dans toutes les choses de la vie quotidienne ». Cela peut pousser à se replier sur soi. « Les familles en difficulté ne parlent pas de leurs
problèmes » et « il faut favoriser lentraide en faisant attention à la fierté de la personne concernée ». Les mauvaises conditions de
logement ne favorisent pas le travail scolaire, les enfants ont « moins de temps pour lécole et plus de préoccupations pour les difficultés
personnelles». Les enfants qui vivent la grande précarité associent le risque de perte du
logement à la séparation davec les parents. Les jeunes souffrent de la façon dont les
médias parlent « des quartiers défavorisés souvent dits à risques». La mixité sociale à lécole
et dans les loisirs leur paraît inexistante. Pourtant les adolescents croient fermement que la
mixité sociale permettra de repousser les barrières et quil faut inventer de nouvelles formes de solidarités pour y parvenir.
Dans son rapport remis au Comité des droits de lenfant en février 2009, la Défenseure des
enfants rappelait quen France au moins 2 millions denfants sont pauvres et que la situation
du logement reste extrêmement préoccupante pour les familles les plus vulnérables. Le
Comité des droits de lenfant recommande à la France dadopter et dappliquer la législation
visant à atteindre lobjectif qui est de mettre fin à la pauvreté des enfants dici 2020.
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Les jeunes demandent à lECOLE dêtre plus ouverte vers lextérieur et de développer
la mixité sociale : ils critiquent leur orientation scolaire basée principalement sur la notation
« Des jeunes sont orientés vers des filières professionnelles qui ne leur plaisent pas du tout »
quils pensent dévalorisées. Ils suggèrent des méthodes pédagogiques plus concrètes incluant
le travail en groupe. Les stages en entreprise sont plébiscités. Ils souhaitent une meilleure
communication avec leurs enseignants. Conscients des difficultés quotidiennes, ils plaident
aussi pour que les enseignants qui nont pas assez dautorité soient aidés !
LEducation nationale a pris la mesure de certains de ces problèmes et différentes réformes
sont en cours. La mixité sociale reste un enjeu déterminant pour le devenir de cette génération.
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« Il ne faut pas renoncer à éduquer les enfants pour quils utilisent INTERNET
correctement »
Les adolescents assurent ne plus pouvoir se passer dinternet. Leur moyenne dutilisation est
de 1 à 4 h/jour ; ils savent tous quil y a un risque daccoutumance. Les notions apportées par
lécole leur paraissent inadaptées par rapport à leurs vrais besoins (apprendre comment
fonctionne un virus, ce quest un spam, les alerter sur la protection de la vie privée...). Pour
eux, il faudrait initier à internet dès le primaire. Ils réclament que les enseignants soient mieux formés.
Ils ont du mal à mesurer les atteintes possibles à la vie privée. Ils ne consultent pas les
documents de mise en garde quils jugent illisibles. Ils ont tous rencontré involontairement
des sites ou des images pornographiques ou très violentes et déplorent « dêtre la génération
qui essuie les plâtres. Les jeunes nont pas eu de limites car internet est arrivé dans leur vie
sans que leurs parents y soient familiarisés».
Ils réclament dêtre informés à lécole sur les risques réels par de véritables experts en
nouvelles technologies. Ils demandent que les parents se forment pour assumer leur rôle
éducatif (fixer des limites, accompagner les débuts ...)
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En matière de SANTE, « Pour se sentir bien dans son corps il faut se sentir bien dans sa tête ».
Les enfants vivant dans des conditions de vie précaires soulignent limportance davoir « une
bonne nourriture pas périmée, de leau potable, des vêtements, des médicaments, du sport, avoir une maison, une famille ... »
Le coup de blues et la déprime sont le mal être le plus courant des adolescents. Ils ont une
ignorance quasi totale des dispositifs, sites et numéros daide qui leur sont destinés.
Lorsquils en connaissent lexistence ils ny ont pas recours « des fois jy ai pensé mais je ne
me vois pas prendre le téléphone familial en disant que jappelle un numéro de ce genre. Le mieux cest le contact humain ».
Ils se montrent très critiques à légard des campagnes déducation à la santé qui leur semblent décalées par rapport
à la vie réelle et peu cohérentes.
Ils sont très demandeurs de débats et de témoignages avec des jeunes formés qui sauront trouver les mots adaptés.
Leurs constats et propositions rejoignent ceux de notre rapport 2007 « Adolescents en
souffrance » dont plusieurs sont mis en place dans le Plan Santé jeunes (maisons des
adolescents, équipes mobiles de pédopsychiatrie ...).
Le Comité des droits de lenfant recommande à la France de sattaquer aux inégalités dans
laccès aux services de santé notamment dans les départements et territoires doutre-mer.
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« La VIOLENCE peut avoir lieu nimporte où, nimporte quand, par nimporte qui ».
Les violences à lécole semblent inhérentes à la vie des élèves : « vu que lon passe une
grosse partie de notre vie à lécole, on a plus de chance de tomber sur de la violence ». Ils
précisent que la violence verbale est la plus courante (insultes racistes, sexistes, moqueries sur
lapparence) et entraîne souvent la violence physique. Ils demandent la généralisation de
médiateurs scolaires et laugmentation du nombre de surveillants.
Ils constatent que les nouvelles technologies développent de nouvelles formes de violences.
« On va se bagarrer pour le fun, pour passer sur Youtube. Plus la vidéo est vue, plus elle est notée. »
Par contre, ils sont très discrets sur déventuelles violences familiales (violences conjugales,
incestes ...). Ils expliquent que lon peut comprendre « les gifles et les cris mais pas la
violence gratuite. La violence appelle la violence, cest le degré de violence qui fait la
différence. »
Quand ils sont victimes de violences, ils ne savent pas à qui sadresser, ils « connaissent
les numéros » à appeler mais hésitent à se tourner vers un interlocuteur anonyme : « nos paroles ne sont pas prises en compte.
On ne se sent pas en confiance par rapport aux professionnels. La police sintéresse plus aux mineurs auteurs quaux victimes, elle doute de
la parole du mineur. » Ils réclament des intermédiaires : « former des jeunes qui parlent aux jeunes », là où ils se
trouvent (écoles, boîtes de nuit).
Ils répètent qu« il ne faut pas parler uniquement de la violence des jeunes dans les médias ».
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« Les enfants ne doivent pas être jugés comme des adultes car ce sont des êtres qui doivent
être protégés, aidés, éduqués».
Ils disent mal connaître la JUSTICE, « on entend parler de la justice un
petit peu en cours déducation civique et à la télé, par les journaux et par les séries américaines. »
Ils réclament donc, plutôt que des leçons de morale, une pédagogie active pour connaître les
lois et comprendre les mécanismes de la justice ; par exemple assister à des procès.
Ils sont convaincus que tout adolescent et enfant doit bénéficier dune justice adaptée à son
âge avec des magistrats formés à la psychologie de lenfant et de ladolescent. « Il faut parler
avec le jeune pour savoir ce qui se passait avant la sanction, et surtout il faut lui donner une
seconde chance ». « Il faut maintenir lexcuse de minorité, ne pas placer la responsabilité
pénale en dessous de 13 ans et interdire la prison pour les moins de 15 ans. La prison trop
jeune fait plus de dégâts quelle nen répare ».
« Il faut investir dans
laccompagnement et linsertion ». Ils sont partisans des Travaux
dIntérêt Général qui sont « la vraie vie ».
Alors que les adolescents ont peu de connaissances sur la justice, ils posent
dinstinct les grands principes de lordonnance de 1945 qui donne la priorité à léducatif (dès le plus jeune
âge) sur le répressif lequel doit être progressif et adapté à la psychologie et à
lenvironnement de lenfant. La Défenseure des enfants a rappelé ces principes à loccasion
des différentes réformes de la justice pénale des mineurs. Le Comité des droits de lenfant des
Nations unies a rappelé fermement ces principes à la France (Juin 2009).
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« Les gens qui paraissent différents font peur. »
Les adolescents décrivent une société dans laquelle ils rencontrent des DISCRIMINATIONS
de toutes sortes : fondées sur lapparence physique, sur le genre, sur le handicap, sur
lorientation sexuelle, « se faire rejeter par rapport à sa couleur de peau, parce quon na pas
la même culture, quon ne vient pas du même pays ; à cause dune apparence physique, dun handicap ;
à cause de ses vêtements ; à cause de sa pauvreté, de ses opinions, de sa religion, à cause de
son établissement scolaire, à cause de sa classe (les segpa )».
Ils pointent les jugements sexistes qui concernent encore les filles dès lorientation scolaire et
dans leur vie privée.
« Les homosexuels sont considérés comme des personnes qui ne sont pas normales. Lhomophobie est
punie par la loi mais ça ne sert à rien car ça ne changera pas les mentalités. Il faut déjà changer
les mentalités des parents pour que les enfants comprennent ce quest lhomosexualité et pour
quil ny ait pas de préjugés, dhomophobie. ». Les jeunes ne savent pas où sadresser
pour trouver des informations, de laide. Ils souhaitent bénéficier dune information adaptée et
avoir des lieux daccueil et découte. Ils réclament des campagnes nationales dinformation sur
toutes les discriminations avec des spots publicitaires et des humoristes.
Le Comité des droits de lenfant recommande que la France prenne des mesures pour
prévenir et combattre la discrimination persistante dont sont victimes les enfants étrangers et
les enfants appartenant à des groupes minoritaires.
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« Le HANDICAP on en parle, mais pas de la bonne manière ».
Les jeunes handicapés racontent que « certaines personnes fuient, ne les regardent même pas.
Elles ont peur. Elles ne savent pas comment sy prendre pour aborder la personne handicapée».
Dans la vie courante les difficultés sont nombreuses : accessibilité, transport, école, loisirs,
accompagnement, soutien aux familles. « Il faut permettre aux familles davoir plus de
temps». Les jeunes handicapés aimeraient que lécole soit mieux adaptée, mais ils aimeraient
aussi pouvoir choisir entre une école ordinaire et une institution spécialisée. Les autres élèves
ne sont pas assez sensibilisés et les enseignants sont rarement formés à cet accueil.
De même pour lorientation professionnelle « il ny a pas de préparation aux métiers, la
liberté de choix est limitée ». Ils proposent « dinstituer un contrat entre lentreprise, la
personne handicapée et lécole afin daider la personne handicapée dans son projet
professionnel et de laider à sy maintenir. »
Ils sinsurgent devant la place que la société accorde au handicap, « certains handicaps sont
mieux acceptés que dautres. Les médias choisissent des handicaps qui présentent bien. » Ils
insistent pour être considérés en tant que citoyens. « Il faut faire passer le message quune
personne handicapée peut parler dautre chose que de son handicap ».
Les jeunes posent les bases dune véritable politique du handicap en soulignant tous les
manques subsistants malgré la loi de 2005 : accessibilité, soutien aux familles et aide à
lautonomie des enfants, sensibilisation aux handicaps auprès des autres enfants. La
Défenseure des enfants et le Comité des droits de lenfant des Nations unies ont rappelé ces
urgences aux Pouvoirs Publics.
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« Les adultes ont des a priori sur les jeunes ce qui fait quils ne les écoutent pas assez ».
PARTICIPER à la vie sociale, SEXPRIMER cest « être responsable, donner son avis,
créer des associations, faire un travail en groupe, élire des délégués ou être élu soi-même,
finalement cest se sentir informé et donner son avis ». La participation reste un terrain à
conquérir y compris dans les instances créées dans ce but dans lunivers scolaire (les
délégués), dans les instances locales (conseils municipaux, généraux de jeunes), dans les
associations... Ils demandent une formation pour savoir sexprimer devant les adultes
« sans les braquer ». Ils demandent que lengagement des délégués soit valorisé car
« lengagement cest beaucoup de contraintes en temps »
« Il ne faut pas attendre que les jeunes aient 18 ans pour leur donner le goût de la
citoyenneté ». Dans leur ville ou département, ils estiment quils pourraient apporter leurs
idées alors quils ressentent que les politiques tardent à les faire participer à la vie de la cité :
« on nest pas électeur donc les politiques ne sintéressent pas à nous ».
Beaucoup ont envie de sengager mais il faut les y encourager : ils suggèrent que les cours
déducation civique juridique et sociale (ECJS) soient plus axés sur des sujets concrets qui les
intéressent directement en tant que citoyens. Ils considèrent que « le service civil volontaire
cest une expérience humaine ». Ils demandent une fois encore que des jeunes adultes
puissent les guider et faire le lien entre eux et les adultes.
Ils voudraient sexprimer dans les médias qui « se focalisent sur les jeunes à problèmes dans
des émissions qui font monter laudimat. ». Ils cherchent « un moyen pour communiquer sur
les initiatives des jeunes et ce qui est fait pour eux. »
Point dactualité sur le projet de loi visant à supprimer le Défenseur des enfants
Ce projet de loi a été déposé le 9 septembre 2009 par le Gouvernement au Sénat. A ce jour,
aucune date nest connue pour lexamen de ce texte. LAssemblée nationale a décidé de créer
une mission parlementaire sur les différentes autorités indépendantes.
Près de 43.000 personnes ont signé lappel à soutien pourundefenseurdesenfantsindependant.php
4.000 personnes sont inscrites sur le groupe Facebook créé par le comité consultatif des
jeunes de la Défenseure des enfants.
Le monde judiciaire, éducatif, enseignant, médical, de nombreuses associations, des
syndicats, des partis politiques, des conseils généraux, régionaux et des communes ont
apporté leur soutien pour le maintien dun Défenseur des enfants spécifique et indépendant.
Si ce texte était voté il marquerait un recul par rapport au développement en Europe et
dans le monde entier dinstitutions indépendantes, consacrées spécifiquement à la défense
et à la promotion des droits de lenfant.
Il marquerait aussi un recul par rapport aux engagements internationaux de la France,
lun des premiers pays à avoir ratifié la Convention internationale des droits de lenfant et
dont il nest pas fait mention dans le projet de loi.
Ce serait également un recul par rapport aux préconisations des rapports de 2002 et de
2009 du Comité des droits de lenfant des Nations unies qui vient de demander à la France
de « renforcer le rôle du Défenseur des enfants... et de lui allouer les ressources financières
et humaines suffisantes ». Ce serait encore un recul par rapport à la Convention
européenne sur lexercice des droits de lenfant que la France a ratifiée en 2007 qui a
stipulé le devoir de la France dencourager la promotion et lexercice des droits des enfants
par lintermédiaire dorgane en charge de faire des propositions pour renforcer le dispositif
législatif relatif à lexercice des droits de lenfant ; de formuler des avis sur les projets de
législation relatifs à lexercice des droits des enfants ; de fournir des informations générales
concernant lexercice des droits des enfants aux médias, au public et aux personnes ou
organes soccupant des questions relatives aux enfants ; de rechercher lopinion des enfants
et de leur fournir toute information appropriée.
En ce 20ème anniversaire de la Convention internationale des droits de lenfant, la
Défenseure des enfants, Présidente du réseau européen des Défenseurs des enfants
(ENOC), en appelle à la Représentation nationale pour garantir et renforcer les missions
de cette Institution voulue par le Parlement en 2000 par un vote unanime.
» Communiqué de presse au format PDF